Thibaut de Malézieux et Clémence Dehaene (Groupe Ora) : le luxe à l’épreuve de la décarbonation

Thibaut de Malézieux et Clémence Dehaene portent une vision audacieuse de l’expérience de vente pour les grandes maisons de luxe. Pour franchir le cap des 100 M€ de chiffre d’affaires, les dirigeants du groupe Ora s’allient à des fonds nationaux afin de coupler expansion mondiale et mutation écologique. Entre usines digitalisées et traçabilité totale, ils font de la durabilité un moteur de performance industrielle. Parcours d’un duo qui place la responsabilité environnementale au cœur du luxe de demain.

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Thibaut de Malézieux, président et fondateur de Ora
Thibaut de Malézieux, président et fondateur de Ora

Créé en 2006, le groupe Ora conçoit des espaces, des mobiliers et des expériences de vente pour les maisons de luxe. À sa tête, Thibaut de Malézieux et Clémence Dehaene mènent une transformation de grande ampleur.

Pouvez-vous nous présenter votre entreprise et votre vision à long terme ?

Ora imagine et produit des expériences de vente pour des marques de luxe: beauté, vins et spiritueux, hor-logerie, mode… En 20 ans, nous sommes devenus un acteur de référence avec un chiffre d’affaires d’environ 80 M€ et l’ambition de dépasser les 100 M€ d’ici 2 ou 3 ans. Nous voulons faire de la décarbonation un levier de création de valeur et de croissance durable pour notre entreprise. Les marques du luxe se sont approprié les enjeux de durabilité et exigent de la traçabilité, la cohérence environnementale étant devenue une priorité.

Pour quelles raisons avez-vous fait appel à des fonds d’investissement ?

Nous avons toujours été accompagnés par des fonds, principalement des fonds régionaux et publics. En octobre 2024 nous avons franchi une nouvelle étape avec l’arrivée d’un fonds national à notre capital, aligné sur nos convictions. Nous recherchions un partenaire capable de soutenir une croissance internationale rapide et responsable avec une forte expertise industrielle et environnementale.

Quelles transformations avez-vous engagées ?

C’est une transformation globale à la fois industrielle, environnementale et géographique. Nous avons profondément repensé nos process : digitalisation de nos usines, suivi en temps réel des consommations et des indicateurs d’impact, pilotage automatisé des flux et interconnexion des sites. Nous avons adapté nos infrastructures et supprimé l’usage du gaz au profit de pompes à chaleur, installé des parcs photovoltaïques.

Ces évolutions se traduisent déjà par une baisse d’environ 20 % de notre consommation de matières premières et de 30% de nos non-conformités. Nous renforçons aussi la traçabilité : chaque matériau doit être certifié et identifiable tout au long de la chaine.

L’intelligence artificielle joue également un rôle majeur : elle nous permet d’optimiser les découpes, de réduire les déchets et d’anticiper les anomalies de production. Le fonds nous accompagne étroitement dans cette mutation. Ses équipes apportent méthodes, outils et expertises à la fois industrielles, digitales et RSE, mais aussi un véritable effet de réseau : elles nous mettent en relation avec d’autres entreprises du portefeuille ou de leur écosystème, ce qui favorise le partage de bonnes pratiques, la recherche de nouvelles idées et parfois même de nouveaux clients.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous préparons de nouvelles acquisitions à l’étranger pour produire localement dans chaque zone de marché que nous cherchons à conquérir. Nous développons aussi une activité de conseil en stratégie durable pour aider nos clients à repenser en profondeur leurs modèles de distribution et à prolonger la vie des matériaux par la location ou le réemploi.